Sortie archéologique du 2 au 6 juiller 2012

La Bretagne intérieure Orientale

Stage organisé par le Centre de Recherches Archéologiques de Haute-Normandie – Société Normande d’Etudes Préhistoriques, en collaboration avec la Société Géologique de Normandie et des Amis du Muséum du Havre, sous la Direction de Monique Remy-Watté et Jean-Pierre Watté.

Et nous voilà repartis pour une nouvelle sortie archéologique ! Cette année direction l’Ille et Vilaine « entre Rennes et Redon ».

Lundi 2 juillet :

Nous nous retrouvons à Guipry pour une visite de la motte féodale de Baron. Elle se situe sur un mamelon haut perché et domine à l’Est la Vilaine dont elle n’est distante que de 400 m environ. Elle remonte aux XI°- XII° siècles. A noter qu’elle succède à un éperon barré datant de l’âge du fer. Ce lieu avait donc été particulièrement apprécié pour sa situation défensive ! Cependant la forteresse de Baron fut prise par les Anglais vers 1350 puis abandonnée et détruite…

En direction de Langon, future étape de notre périple, une halte sur les bords de la Vilaine pour voir le Pont de Port de Roche présenté lors de l’Exposition universelle de 1867. Ce pont fut ensuite démonté puis reconstruit pour enjamber la Vilaine. Les lettres N et E qui y figurent sont les initiales de ses parrains, Napoléon III et l’Impératrice Eugénie.

Nous filons à Langon et nous promenons parmi « les Demoiselles », alignement de menhirs situé dans la Lande du Moulin. Pauvres demoiselles qui, selon la légende, auraient été changées en pierre pour avoir préféré danser plutôt que de se rendre aux Vêpres…. Triste punition !

Toujours à Langon une visite guidée de la Chapelle Sainte-Agathe nous attend. Tout fut exceptionnel : la qualité du lieu et la compétence du guide. L’édifice qui subsiste ressemble en effet à une petite chapelle mais une étude approfondie a montré qu’autrefois ce bâtiment faisait partie de thermes romains. Dans son abside il était orné d’une fresque datant de la fin du II° siècle ou début du III°, représentant Vénus au bain. Cette peinture fut ensuite recouverte au Haut Moyen Age par une représentation du Père éternel alors que cette partie du bâtiment était transformée en une petite église puis en chapelle funéraire intégrée au cœur d’un groupe paroissial. Que de vicissitudes ! Fort heureusement, dès 1840, une fois la fresque d’origine mise à jour, la chapelle Sainte-Agathe fut classée parmi les monuments historiques et échappa ainsi à la destruction pure et simple qui avait été programmée !

Cette étape fut pour nous une très riche promenade à travers le temps !

Tour Duguesclin {JPEG} Nous ne quittons pas Langon sans une escapade au bord de la Vilaine pour voir une voie romaine (voie de Corseul à Nantes) ou médiévale. Puis, pour clôturer la journée nous nous rendons au Grand Fougeray, où, sous le soleil, nous découvrons la Tour Du Guesclin, l’un des donjons les plus beaux et les mieux conservés de l’Ouest de la France. Nous nous promenons ensuite dans le superbe arboretum qui entoure le donjon.

Mardi 3 juillet :

Nous nous retrouvons à la Maison de Tourisme du Pays de Redon puis, munis d’un audio-guide, nous nous promenons à travers les rues de cette cité au riche patrimoine et admirons sans réserve l’abbaye Saint-Sauveur et son superbe cloître, le pittoresque quartier du vieux port, les maisons à pans de bois…

Nous nous dirigeons ensuite vers Bain-sur-Oust et nous arrêtons sur le lieu de la bataille de Ballon qui opposa les troupes franques de Charles le Chauve aux Bretons de Nominoë et fut remportée par ce dernier le 22 novembre 845. C’est de la bataille de Ballon que certains datent la naissance d’une Bretagne unifiée et indépendante derrière un souverain unique.

Dans la lande de Cojoux à St Just {JPEG} Il faisait beau ce jour-là ce qui nous a permis de nous promener très longuement dans le site mégalithique des Landes de Cojoux à Saint-Just ! Les monuments mégalithiques s’étendent sur près de 6 km et sont connus et répertoriés depuis le XIX° siècle ! Ce fut une promenade très enrichissante au niveau archéologique : nombreux alignements de menhirs, sépultures diverses (dolmens à couloirs, allées couvertes, cairns, etc.) le tout dans un superbe paysage de lande fleurie. Ce site fut longtemps utilisé par l’homme préhistorique puisque les datations s’étendent d’environ 4 500 à 1 500 avant notre ère.

Roche de Tréal {JPEG} Enfin le clou de la journée ! L’allée couverte de Tréal de 15,5 m de long pour une largeur d’1,2 m. Ce monument impressionnant est édifié en poudingue de Montfort (roche à gros galets). Nous découvrons des affleurements importants de la roche à quelques dizaines de mètres de l’allée couverte. Ce monument exceptionnel, inscrit dans un cairn, date d’environ 2 500 ans avant notre ère. Le spectacle vaut très largement le détour.

Mercredi 4 juillet

A 9 h 30 nous nous retrouvons à Essé au lieu dit « La Roche aux Fées ». Allons-nous à la découverte d’un monde surnaturel ? Que nenni ! Sous nos yeux un superbe dolmen, en forme d’allée couverte, le plus grand de France dit-on : 19,5 m de long pour 6 m de large ! Il est orienté de façon à ce que le soleil se lève dans son alignement lors du solstice d’hiver. Daté d’environ 3 000 ans avant notre ère on suppose que son usage était funéraire. Nous restons bouche bée devant ce trésor et multiplions les photos !

Puis nous nous dirigeons vers Saint-Aubin du Cormier connu pour les vestiges de son château édifié en 1223 par Pierre de Dreux, Duc de Bretagne (dit Pierre Mauclerc « mauvais clerc ») Ce château fut construit dans le cadre des affrontements entre Bretagne et France et vit la défaite de l’armée bretonne en 1488 ce qui sonna le glas des espoirs bretons et conduisit à la réunion de la Bretagne à la France. Ne subsiste qu’un important donjon semi-ruiné ainsi qu’une petite partie des douves. L’ensemble est impressionnant.

Ici se greffe une invitée de dernière heure que nous n’avions pourtant pas sollicitée. Une pluie fine fait son apparition qui nous empêche d’apprécier pleinement notre déjeuner champêtre pris au bord d’un plan d’eau.

Nous quittons donc assez rapidement les lieux pour gagner le château de Fougères où nous passerons tout l’après-midi. Nous bénéficions d’une guide très cultivée et diserte qui a su rendre notre visite particulièrement intéressante et documentée !

Ce château fut l’une des principales clés du duché de Bretagne souventes fois assiégé, semi-ruiné puis reconstruit. Il est considéré comme l’un des plus importants d’Europe. Treize tours sont toujours debout réunies par une courtine très bien conservée.

Jeudi 5 juillet

Nous nous rendons dans la commune de Médréac pour admirer les menhirs de Lempouy. Nous nous promenons dans les champs et remarquons de nombreux menhirs en quartzite, entre 1,8 et 5,4 m. de hauteur qui forment des alignements parallèles.

Nous nous dirigeons ensuite vers le Château de Boutavent situé sur la commune d’Iffendic. De ce château non fouillé il ne reste que des vestiges sur un terrain défriché certes mais envahi par les herbes. Notre guide, André Corre, appartient au CERAPAR dont l’objectif actuel est le relevé topographique du site, l’établissement d’un plan de masse et une représentation des pans de murs encore visibles. Durant la visite renaît à nos yeux un château du Moyen-âge situé sur un éperon rocheux. Nous imaginons la cour, la basse-cour, les fossés, la muraille ! Magie du verbe qui fait renaître à nos yeux un monde disparu ! Place à l’imaginaire qui nous fait voyager dans le temps et ce grâce à un guide passionné à la parole exceptionnelle ! Et cependant il pleuvait…

Monteneuf : fortiches les nanas {JPEG} La pluie continuant nous ne nous décourageons pas : en route pour Monteneuf célébré pour ses « pierres droites ». Sept campagnes de fouilles ont mis au jour, depuis 1989, 420 menhirs répartis sur plusieurs hectares. Le plus haut mesure 5 m. Lors des fouilles, des fosses de calage ont été retrouvées permettant de redresser 40 menhirs à leur exact emplacement d’origine. La pierre utilisée est un schiste violacé extrait localement. Le spectacle est étonnant en raison de la profusion de ces « pierres levées ». Un archéosite a été réalisé à proximité qui présente, entre autres, une ébauche de construction de maison néolithique, les étapes de réalisation de divers menhirs, etc. Un menhir – de facture récente – couché sur des rondins, entouré de cordes, nous invite à mesurer notre force ! Pourrons-nous le déplacer ? Hélas nos tentatives restent vaines : il ne bouge pas d’un centimètre. Il faut préciser cependant que la main-d’œuvre, uniquement féminine manquait de muscles… !

Enfin, la pluie cessant, nous gagnons la Chapelle Caro et, en plein champ, découvrons, entouré d’arbres, le « dolmen de la maison trouvée » construit selon le même plan que celui de la Roche aux Fées visité la veille. Il était inséré dans un tumulus circulaire.

Vendredi 6 juillet

Au programme de la matinée la visite de la Bintinais : écomusée du Pays de Rennes.

La ferme de la Bintinais, située à proximité de Rennes est attestée à partir de 1625 (premier bail connu). Elle est exploitée en tant que propriété agricole jusqu’en 1982. En 1987 elle est transformée en écomusée et ouverte au public.

Dans un domaine de 19 ha sont présentés des bâtiments d’élevage ainsi qu’un parc agronomique qui offre un itinéraire de découverte de l’agriculture et de l’élevage en Bretagne depuis le XVII° siècle. Des races anciennes bovines sont en particulier présentées. Par ailleurs la visite d’un musée fort intéressant est proposée au public sur la base de cinq thèmes principaux : la présentation du pays de Rennes (développement urbain, population etc.), l’histoire propre à la ferme de la Bintinais, la vie quotidienne durant les époques passées, l’architecture rurale et l’environnement.

Les diverses salles d’exposition, les vidéos particulièrement bien faites, un guide passionné très intéressant : tout cela a contribué à rendre cette matinée vraiment enrichissante.

Et enfin Rennes intra muros ! Le Rennes d’aujourd’hui, mais non ! Le Rennes caché, celui du passé. Quel est ce pan de mur devant lequel on passe sans le voir et sans savoir qu’il a été bâti par de vaillants maçons gallo-romains ? Une tour médiévale, ici, entourée d’immeubles modernes ! Le tout présenté par une guide fort documentée qui a su nous faire ouvrir des portes non accessibles aux particuliers. Que du bonheur !

Merci à Monique et Jean-Pierre Watté pour leur organisation parfaite, leurs connaissances multiples ! Ces journées chaleureuses passées en groupe nous ont laissé enrichis et heureux !

Le groupe {JPEG}

Nota : pour plus d’informations une très intéressante brochure, éditée par le Centre de Recherches Archéologiques de Haute-Normandie, réalisée par Monique Remy-Watté et Jean-Pierre Watté, est à votre disposition à l’AMAC 10 rue Albert André Huet au Havre, tous les jeudis de 17 h 30 à 19 h. Cet ouvrage peut permettre aux personnes intéressées de réaliser seuls des visites passionnantes (La Bretagne intérieure orientale. Itinéraires et Sites Archéologiques, n° 1, 2012, 36 p., 17 fig. regroupant 60 dessins ou photographies. Prix : 1O euros).

Roche de Tréal : Poudingue de Monfort Roche de Tréal St Just : lézard vert