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    Sortie géologique du 22 mai 2021

SAINT PIERRE EN PORT ET SES FALAISES DE CRAIE
Sortie géologique du 22 mai 2021

RAPPEL :

Jeudi 12 Août 2021 : Excursion organisée par la Maison du Patrimoine Le Havre Seine Métropole, dirigée par Vivien CHOUQUET vice-président de la SGNAMH : SUR LES PAS DE CHARLES-ALEXANDRE LESUEUR - FOSSILES ET FALAISES A CROQUER

Depuis le Cap de la Hève, au pied des falaises, initiez vous en famille au dessin géologique grâce aux éléments glanés. Une découverte paysagiste riche et décalée à la manière du scientifique.

RENSEIGNEMENTS ET RESERVATIONS :
https://www.lehavreseine-patrimoine…


SORTIE GEOLOGIQUE : SAINT PIERRE EN PORT ET SES FALAISES DE CRAIE

Malgré une météo vraiment peu engageante -il pleut sans discontinuer !- notre petit groupe compte sur une accalmie annoncée en début d’après-midi et se retrouve comme convenu sur le parking qui surplombe la plage de St Pierre en Port à midi pour "partager" un casse-croûte sorti du sac…chacun bien à l’abri dans son véhicule.

En attendant que le soleil fasse son apparition, voyons un peu ce que cette excursion nous réserve !

Située sur le bord du plateau de Caux, à une dizaine de kilomètres à l’est de Fécamp, la plage de St Pierre en Port forme une échancrure au débouché d’une valleuse. Les falaises, de part et d’autre de la plage, présentent une coupe continue dans le crétacé supérieur. Leur observation, ainsi que celle du platier et du pendage des couches offrent l’occasion d’observer la stratigraphie et la paléontologie du Turonien et du Coniacien (environ 90 Ma).

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Situation de St Pierre en Port

GEOLOGIE :

Résumé de la géologie locale extrait de la thèse de Eric LASSEUR : La Craie du Bassin de Paris (Cénomanien-Campanien, Crétacé supérieur). Sédimentologie de faciès, stratigraphie séquentielle et géométrie 3D

1. Le Turonien

Le Turonien est subdivisé en trois formations par Juignet et Breton (1992) : la Craie du Tilleul, la Craie de Senneville et la Craie d’Eletot.
- La Craie du Tilleul

Elle est divisée en deux membres (Juignet et Breton, 1992), la Craie du Cap Fagnet et la Craie du Val- Saint-Nicolas.

• Le premier membre correspond à une craie noduleuse contenant plusieurs hardgrounds. Il est encadré par le Hardground Antifer 3C à la base et le Hardground Fagnet au sommet.

• Le deuxième membre (Craie du Val-Saint-Nicolas) est une craie blanche à silex contenant quelques niveaux marneux. Les niveaux indurés y sont rares et principalement restreints à son sommet (sortie SGNAMH mars 2016-Vivien Chouquet) . Ce membre est limité à son sommet par le Hardground Tilleul 2.

- La Craie de Senneville

D’après Juignet et Breton (1992), elle correspond à une craie grise pauvre en silex, contenant plusieurs niveaux de craie noduleuse ainsi que de nombreux niveaux marneux dont certains sont particulièrement développés. Les derniers mètres de cette formation sont marqués par des niveaux indurés plus marqués et plus abondants associés à des craies plus grossières. Cette formation se termine par le Harground Senneville 2.

- La Craie d’Eletot

Ce membre inférieur de la Craie de Saint-Pierre-en-Port est une craie relativement riche en silex, organisés en bandes bien individualisées. Elle est blanche et relativement riche en bioclastes à sa base et au sommet, plus grise et moins bioclastique dans sa partie médiane. Elle est limitée à son sommet par le Hardground Eletot.

BANCS DE SILEX - cordons de silex noir
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2. Dépôts Post-turoniens, proposition d’une lithostratigraphie

La lithostratigraphie des dépôts suivants est peu précise, les seuls documents existants sont un tableau stratigraphique (Juignet, 1991) et une carte schématique à l’échelle du littoral haut-normand (Duperet et al., 2002). Ces derniers ont appliqué la lithostratigraphie anglaise (Bristow et al., 1997 ; Rawson et al., 2001) et ont reconnu dans les craies post-turoniennes, la Lewes Chalk, la Seaford Chalk, la Newhaven Chalk et la Culver Chalk. Un positionnement approximatif des différentes formations est réalisé par Mortimore (2001). D’après notre relevé, nous pouvons proposer un découpage lithostratigraphique dans lequel nous avons différencié :

• Une craie plus ou moins grise comprenant de nombreux niveaux indurés et hardgrounds ainsi que des cordons de silex décimétriques, et dont la coupe type peut être située entre la valleuse de Senneville et la plage de Saint-Pierre-en-Port. Cette craie est nommée Craie de Saint-Pierre-en- Port (globalement équivalente à la formation du même nom définie par Juignet, 1991). Elle se termine par un hardground surmonté d’un niveau marneux. Elle peut être divisée en deux membres, la Craie d’Eletot définie plus haut et la Craie de petites Dalles au dessus.

• Une craie blanche localement très bioclastique (contenant principalement des inocérames et des bryozoaires) caractérisée par l’existence de nombreux bancs de silex très développés dont l’épaisseur atteint 50 cm. De nombreuses géométries lenticulaires d’extension kilométrique sont visibles au sein de cette formation. Cette craie est observable de Saint-Martin-aux-Buneaux à Veules-les-Roses et sera dénommée Craie de Veulettes.

• Une craie grisâtre moins bioclastique et à nodules de silex plus épars et de taille inférieure à ceux de la formation précédente. Les nodules de silex sont alignés en bancs dans sa partie inférieure et sont plus fréquemment épars dans sa partie supérieure. Elle comprend quelques niveaux marneux individualisés, principalement à sa base et à son sommet. Cette craie affleure de Veules-les-Roses à la valleuse de Vasterival et sera dénommée Craie de Sotteville.

• Des craies plus blanches à jaunes (cette coloration étant probablement due à l’altération), plus bioclastiques, à niveaux de silex plus épais (décimétriques), observables dans les derniers mètres de la pile sédimentaire dans la valleuse de Vasterival (à proximité du Cap d’Ailly). Ces craies, dont les caractéristiques sont proches de la Craie de Veulettes, pourraient correspondre à la base d’une quatrième formation, nommée ici Craie de Vasterival. Dans l’état actuel, étant donné la faible extension latérale, (quelques centaines de mètres de part et d’autre de la valleuse de Vasterival), et a faible épaisseur observable (10 m environ) de cet intervalle, nous n’attribuerons pas à cette unité la valeur de formation.

Avant d’aborder la paléontologie des lieux et puisque la pluie a cessé, nous décidons de nous mettre en route et, arrivés sur la plage, nous choisissons de longer la falaise en direction des Grandes Dalles.

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A droite vers les Grandes Dalles
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Regard en arrière sur St Pierre en Port
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Vers les Grandes Dalles

Ce n’est pas la maigre récolte de fossiles, tous incomplets, que nous faisons aujourd’hui qui nous permettra d’illustrer comme il se doit le chapitre suivant mais la découverte de deux géodes de calcédoine par Annie et Richard nous permet une belle digression dans le domaine minéral !

Géode de calcidoine

Géode de calcédoine

la calcédoine est un minéral constitué de fibres extrêmement fines de quartz cryptocristallin. Elle se forme dans les concrétions sédimentaires (nodules de silex). La variété rouge est appelée cornaline.

PALEONTOLOGIE :

Les fossiles les plus emblématiques dans le Sénonien* sont les échinodermes (oursins). Cependant, des bivalves (Inocerames, Spondylus…), des brachiopodes et des astérides peuvent être aussi rencontrés.

*le Sénonien, qui regroupe le Coniacien, le Santonien, le Campanien et le Maastrichtien, a été « créé » en 1842 par Alcide d’Orbigny et doit son nom au peuple des Sénons (région de Sens, dans l’Yonne).

On divise les oursins en deux groupes, les réguliers et les irréguliers. A Saint-Pierre en Port les oursins dit réguliers (symétrie pentaradié parfaite) sont peu fréquents. On récolte de temps à autre des radioles de Tylocidaris voire une plaque isolée de Cidaridé. Ceci s’explique par le mode de vie de ces espèces. En effet, contrairement aux oursins irréguliers qui vivent enterrés dans le sédiment, les oursins réguliers vivent à la surface. À leurs mort, ils restent à la merci des prédateurs ce qui ne leurs laissent que peu de chance d’être fossilisés à moins qu’il ne soient enfouis rapidement.

La faune d’oursins irréguliers est donc plus riche. Les genres Micraster et Echinocorys sont les plus fréquents. Si la détermination du genre reste facile celle de l’espèce est beaucoup plus ardue. La stabilité des conditions de vie a permis une évolution lente et continue au cours des étages géologiques. Si bien que, entre deux espèces bien définies il existe un grand nombre de formes transitoires qui restent difficiles à déterminer. A cela s’ajoute la variabilité intraspécifiquemes (différences morphologiques sur une même espèce) qui ne facilite pas non plus la tâche.

Echinocorys scutata

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Micraster decipiens

14 Micraster decipiens 3 CL 200p

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Tylocidaris clavigera (radiole d’oursin)

Deux fossiles relativement fréquents dans la craie de Saint Pierre en Port : le brachiopode Gibbithyris et le spondyle Spondylus spinosus

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Gibbithyris
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Gibbithyris

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Eboulis vers les Grandes Dalles
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Retour vers St Pierre
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Dernier regard vers les Grandes Dalles

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

Le texte et les planches présentés ici ne sont qu’une synthèse de documents. Pour plus de renseignements, je vous recommande la lecture des ouvrages et sites qui m’ont permis de faire ce résumé.

Bernard HOYEZ. Falaises du pays de Caux, lithostratigraphie des craies turonocampaniennes. Publication des Universités de Rouen et du Havre (2008).

Eric LASSEUR. La Craie du Bassin de Paris (Cénomanien-Campanien, Crétacé supérieur). Sédimentologie de faciès, stratigraphie séquentielle et géométrie 3D. Thèse de Doctorat. Téléchargeable à l’adresse suivante : http://tel.archivesouvertes. fr/docs/00/35/04/22/PDF/PL02113.pdf

SMITH, A.B. and BATTEN, D.J. (Ed.s). 2002. Fossils of the Chalk (2nd Edition), Palaeontological Field Guide to Fossils, No. 2, Palaeontological Association, London.

Site internet

Bernard Hoyez : Stratigraphie de la craie http://craies.free.fr/

Sébastien MAILLET : Quelques généralités sur le genre Micraster http://www.mineralhub. net/photos/micraster.pdf

British Upper Cretaceous Stratigraphy http://www.thegcr.org.uk/ImageBank.cfm ? v=23&Style=Chapter&Chapter=0

Robert Randell : British Chalk Fossils http://www.chalk.discoveringfossils…

Bucks Earth Heritage Group http://www.bucksgeology.org.uk/chalk.htm

Texte original : Vivien Chouquet - Adaptation et "décor" : Pascal Boeglin - Mise en page et en ligne : Viviane et Didier Moutier - Crédit photos : Christian Leprevost, Richard Rudaux et Pascal Boeglin.